A PROPOS DU BIEN-ÊTRE ANIMAL

Point de vue de Claire Chevalier

Merci à Claire Chevalier pour le courriel qu’elle vient de m’envoyer et que je reproduis ci-dessous.

Ses propos d’une grande sagesse recevront, j’en suis sûr, l’assentiment de nombreux lecteurs.

Pour ma part j’ai été très sensible à l’ensemble de son message mais je relève particulièrement le paragraphe de conclusion concernant les motivations de l’éleveur. Je pense qu’à notre époque où se pose de façon cruciale la question de l’avenir de l’élevage amateur, il serait bon que nous fassions un tour de table pour que chacun exprime ses propres motivations. Qu’ensuite viennent des échanges entre nous, échanges qui pourraient nous servir à dégager des orientations communes servant de base à une redéfinition ou une explicitation des objectifs de notre association. Ainsi pourrions-nous présenter un front commun face aux dérives des courants de pensée nombreux qui, faute d’une connaissance suffisante des réalités du monde de l’élevage en général et de l’élevage amateur en particulier, détruisent beaucoup de choses au nom de principes qui se veulent généreux. Voici donc le message de Claire Chevalier.

Bonjour,

J’ai reçu hier le bulletin de la SABG, qui m’a encouragée à aller jeter un œil au site internet, dont je n’avais pas vu les derniers billets.

Alors je me propose de répondre à votre « cri dans le désert » bien légitime (merci pour votre énergie et votre implication) par une contribution, peut-être maladroite, tant le sujet est délicat, en commentant le billet « Où l’on reparle du bien-être animal… »

N’hésitez pas à me dire si mes propos vous semblent inappropriés…

Merci pour le lien de l’émission de France Inter.

Je me retrouve assez bien dans le discours défendu par Louis Schweitzer*. La philosophe, quant à elle, s’indigne du fait qu’on dispose de la vie et de la mort de nos animaux, alors qu’il ne peut en être autrement pour nos espèces domestiques, qui dépendent entièrement de nous. Il est étrange et à vrai dire, injuste, de reprocher à l’humanité actuelle cette responsabilité qu’effectivement nous avons (décider de la Vie et de la Mort de nos animaux), alors que nous ne pouvons pas renoncer à ce pouvoir de fait, nous ne pouvons que porter la responsabilité de nos choix (permettre ou non la Vie, donner ou non la Mort). Cette philosophe elle-même, en souhaitant empêcher ces poulets de naitre et de vivre, dispose également de leurs vies (à ses yeux, un poulet de 3 mois «  n’a même pas commencé à vivre », donc il ne mérite pas de naitre pour mourir à cet âge), et d’une manière qui pose tout autant question : Pour avoir observé mes couvées, regardé les jeunes poussins grandir abrités dans les plumes de leur mère, s’émanciper peu à peu et exprimer les comportements typiques de leur espèce… personnellement je n’ai pas de doute que leur vie vaut d’être vécue, même quand elle s’arrête à ce jeune âge. Cette philosophe n’a probablement jamais vécu cette expérience, pour méjuger ainsi ces vies animales.

Couple de Gauloises dorées claires de moins de 3 mois

Heureusement, les interventions des auditeurs m’ont semblé apporter des points pertinents manquant dans les propos des personnes interviewées. Ainsi un éleveur a rappelé les contraintes de la finitude : si on se refusait à donner la mort, et que le terrain n’est pas extensible, alors pour éviter la surpopulation il faudrait stopper les naissances, et le cheptel serait vieillissant, avec les soucis de santé et la souffrance qui vont avec. Au fond, ça interrompt le cycle de la Vie. Ce n’est satisfaisant que si on donne plus d’importance à l’individu (comme à un humain ou à un animal de compagnie), qu’à la perpétuation de la Vie elle-même. Probablement d’ailleurs cette philosophe croit-elle que le poulet bio de 3 mois « n’a pas du tout vécu » car l’humain n’a souvent pas tissé de lien individuel avec lui, comme si sa vie ne prenait de valeur que dans le lien avec l’humain.

Le raisonnement de cette philosophe n’est possible que parce que notre société industrielle donne une impression illusoire que nous sommes affranchis du cycle de la Vie. Même à la campagne, bien des gens vivent maintenant sans contact avec des animaux autres que de compagnie, et notre nourriture vient des supermarchés, sans rupture de stock. La mort est invisible, et certains oublient que la matière organique des morts permet les naissances suivantes, dans un recyclage infini.

Sur cette question de la bientraitance animale, à laquelle personne ne se présente comme insensible (car chacun a réellement ses propres limites, même si elles diffèrent), on peut tous être tenté de critiquer et dénoncer « les vrais méchants » (d’autres que soi) pour justifier et défendre nos propres pratiques. A trop jouer à ce jeu-là, nous risquons d’être tous perdants, car la Vie est terriblement imparfaite : outre la mort, elle inclut la souffrance chez tous les animaux évolués. Bien sûr nous devons tenter de la minimiser, mais nous ne pouvons pas jurer de la supprimer totalement sans éliminer la Vie avec…

A chacun de faire ce qu’il pense le mieux, pour les animaux et les humains !

Et pour conclure, je crois que l’essentiel pour garder notre enthousiasme est de parler du plaisir que nous prenons à élever nos volailles, et les valeurs positives qui nous motivent. Pour ma part se mélangent pêle-mêle la préservation de patrimoines génétiques variés, le plaisir de produire et côtoyer de beaux animaux qui me montrent l’exemple d’un bonheur simple, de les connaître chaque jour un peu mieux, de prendre soin et de contribuer à ce bonheur, le plaisir d’un contact avec la nature et d’observer le miracle de la naissance, la satisfaction de produire mes propres œufs et très occasionnellement un poulet en circuit ultra-court en sachant leurs conditions de vie, et probablement d’autres choses auxquelles je ne pense pas spontanément !

Je joins ci-dessous quelques photos de jeunes de moins de 3 mois, au printemps dernier. Sur 7 poussins (dont 5 mâles), 2 ont été tués vers 3 mois après, à mes yeux, une vie qui valait d’être vécue (je m’y applique).

Bien à vous,

Claire Chevalier.

*avec une grosse réserve cependant concernant la grippe aviaire, qui n’est pas affaire que de scientifiques, mais bien aussi de politiques… Mais c’est un autre sujet !

      Poussins de race gauloise dorée claire

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